Préfiguration d'une coopérative funéraire

Encourager les citoyennes et les citoyens à reprendre le pouvoir sur leurs funérailles dans une logique coopérative et solidaire

Peinture de Benoît Bonnemaison-Fitte

© Bonnefrite

Peinture de Benoît Bonnemaison-Fitte

© Bonnefrite

Quand la mort cesse d’être un marché et redevient une affaire de vivant·es

Comment honorer nos mort·es, aujourd’hui ?

On voudrait croire que cela va de soi. Un lieu, des couronnes de fleurs, un cercueil, des mots, des peines, un silence partagé. Pourtant, la mort aussi est entrée dans le marché. Les cérémonies se ressemblent, les catalogues s’épaississent, les factures aussi. Tout semble prêt-à-porter, à être vendu, même l’adieu. Sauf que d’autres modèles ont décidé de faire autrement, en prenant notamment leurs distances avec le contexte de financiarisation grandissante du secteur funéraire. L’idée leur est venue d’ailleurs, du Québec, où l’on a déjà commencé à reprendre la mort des mains du commerce pour la remettre dans celles des vivant·es et de l’économie sociale et solidaire. Ici, pas de formules toutes faites. On prend le temps. On écoute les histoires. On cherche les gestes justes, les mots qui ressemblent aux personnes qui s’en vont. On réinvente la chaîne des métiers du funéraire (conseil aux familles, organisation des obsèques, marbrerie et gravure, soins des défunt·es, gestion des cimetières, etc.) en éloignant la notion de recherche de profit. On invente des rituels, parfois simples, parfois inattendus, toujours singuliers. Car accompagner les mort·es, c’est d’abord prendre soin des vivant·es. C’est rappeler que la mort n’est pas une parenthèse administrative, mais une affaire collective. Une histoire de liens, de mémoire et de présence.

Ce projet de préfiguration d’une coopérative funéraire sur le territoire gardois ne vise pas à « vendre des funérailles différentes ». Il propose autre chose : encourager les citoyennes et les citoyens à reprendre le pouvoir sur leurs funérailles dans une logique coopérative et solidaire. Tenter, ensemble, de créer un commun et d’offrir aux disparu·es un adieu à la mesure des vies qu’elles et ils ont vécues.

Les objectifs de ce commun sont simples à énoncer, mais ambitieux dans ce qu’ils impliquent : redonner à la mort une place collective, solidaire et humaine dans notre société.

Le premier objectif est d’offrir un accompagnement funéraire plus humain et plus participatif. Il s’agit de permettre aux familles et aux proches de prendre leur place dans l’organisation des obsèques, de co-construire les cérémonies, d’imaginer des rituels qui ressemblent réellement à la personne disparue et qui répondent aux besoins des vivants.

Le second objectif est de proposer une alternative économique plus transparente et plus juste. Dans un secteur où les prix peuvent être opaques et les dépenses fortement encouragées, la coopérative vise à rendre les coûts lisibles, à éviter la surenchère commerciale et à permettre à chacune et à chacun d’organiser des funérailles dignes, quelles que soient ses ressources.

Un autre objectif essentiel est de sensibiliser et d’informer le grand public. Parler de la mort, c’est aussi mieux accompagner la fin de vie et le deuil, c’est aussi mettre le care, les pratiques d’attention, de soin et de responsabilité envers les autres au centre des enjeux.

La coopérative cherche également à renforcer les solidarités territoriales. En travaillant avec les professionnel·les du funéraire qui sont à la recherche d’un modèle plus juste, les actrices et acteurs du soin, du social, de l’accompagnement des aidant·es et les collectivités locales, elle s’inscrit dans une approche plus large des dynamiques liées au vieillissement de la population, à l’isolement des personnes âgées et aux situations de précarité.

Enfin, ce commun a pour objectif plus large de sortir la mort d’une logique strictement marchande pour en faire à nouveau un moment de vie sociale partagé.

Un projet déposé dans le cadre de l'appel à communs "soutenir l’émergence de projets de coopération au travers d’appels à communs territorialisés" du conseil départemental du Gard

forêt cinéraire
Appel à communs 2026-2027

© Conseil départemental du Gard

Les illustrations figurant sur cette page sont utlisées avec l’aimable autorisation de Benoît Bonnemaison-Fitte, complice des aventures de vives voies depuis de nombreuses années.

Né en 1974 à Toulouse, Bonnefrite - Benoît Bonnemaison-Fitte de son vrai nom - est peintre et graphiste. Inlassable et méthodique explorateur, expérimentateur des techniques de peinture et d’imprimerie, il expose ses œuvres dans des galeries et dans la rue, travaille avec des architectes, pour des théâtres, crée des livres pour les enfants, et travaille avec d’autres artistes, qu’ils soient circassiens, comédiens, musiciens ou peintres.

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