178, Allée Salvador Dalí

Recherche-création au sein d'un pôle de lutte contre les exclusions aux cotés du GdRA (Christophe Rulhes) - Résidence Transat (Ateliers Médicis)

Ateliers mouvements avec Charlotte Le May

© Loran Chourreau, le GdRA

De quoi s’agit-il ?

Un projet lauréat 2026 du programme de résidences Transat des Ateliers Médicis.

Cette résidence est pensée comme un temps de présence et d’enquête partagée au sein du pôle de lutte contre les exclusions de la Croix-Rouge française de Nîmes. Par une immersion attentive, elle cherche à ouvrir des espaces de parole, de gestes et d’écriture pour les personnes qui vivent, travaillent ou ont vécu au sein des dispositifs d’accueil, d’hébergement et d’insertion du pôle de lutte contre les exclusions, considérées comme sujets de leurs propres récits. Elle cherche à faire émerger des formes sobres et co-construites — des fictions vraies — où la parole ordinaire, fragile et située, peut circuler sans être mise en spectacle. L’enjeu n’est pas la restitution mais le processus : faire commun et habiter ensemble le réel.

Cette démarche entre en profonde résonance avec la pratique du théâtre documentaire et de l’enquête autobiographique du collectif Le GdRA, où des personnes non professionnelles deviennent porteuses de leurs propres récits, non comme objets de représentation mais comme sujets à part entière. De véritables « musées vivants de la Personne » pensés sur le modèle du musée brésilien de l’histoire de vie (Museu da Pessoa) fondé à São Paulo en 1991 qui permet à toute personne d’enregistrer et de conserver son histoire de vie en tant que mémoire sociale, repensant le rôle du musée comme espace de récit et de dignité individuelle. Il s’agit ici de déplacer les cadres habituels de la scène et de l’adresse, de faire du réel et des visageités des matériaux vivants, et de construire des formes sobres, attentives, où la parole ordinaire — fragile, située, parfois empêchée — trouve les conditions justes pour être partagée, sans être spectacularisée.

Transat, résidences d’artistes en été

Programme de résidences désormais reconnu, Transat cherche à créer de nouveaux espaces de collaboration entre artistes et structures non-culturelles, et propose à nouveau cette année de placer la coparticipation au cœur de ces résidences. 

Sans projet artistique pré-développé, les candidates et candidats sont invité·es, le temps d’un été, à imaginer des espaces créatifs et de liberté en co-construction avec les bénéficiaires et les personnes de ces lieux non dédiés à la culture (sur l’ensemble du territoire national, en hexagone comme en Outre-mer, en milieu rural comme urbain, périphérie comme centre-ville). 

Chaque lieu ou presque est considéré comme un terrain de résidence, comme les structures médico-sociales, les centres sociaux, les centres de détentions, les associations, les lieux d’accueil en direction des personnes précaires, adultes, adolescentes ou exilées.

Un accompagnement par l’équipe de Transat est mis en place tout au long de la résidence, dès l’identification de la structure d’accueil jusqu’à la réalisation in situ.

Le programme est porté par les Ateliers Médicis, lieu de création artistique situé à Clichy-sous-Bois et Montfermeil, L’Été culturel manifestation à l’initiative du ministère de la Culture, mise en œuvre par la Direction régionale des affaires culturelles d’Île-de-France et les opérateurs nationaux avec le soutien financier de la Fondation BNP Paribas.

Mùa (Ateliers Médicis)

© Ti Nguyen

Ateliers mouvements avec Charlotte Le May

© Loran Chourreau, le GdRA

« François & Morad ont proposé cette écriture à partir du réel, un temps de résidence dans un centre d’hébergement de la Croix Rouge à Nîmes, la ville où ils vivent. En ce lieu Morad est directeur, et François usager en tant que bénévole. Ils y sont attachés. Nous ne savons pas encore ce que nous y trouverons ou pas, de joies et de douleurs, de refuges et d’ouvertures. Mais concrètement, nous allons essayer de réaliser des entretiens qualitatifs sur le modèle du recueil de récit de vie en humanités scientifiques, avec pour particularité le fait qu’ils s’improviseront certes, mais toujours accompagnés par une musique qui se jouera elle aussi en direct au cours de l’engendrement de parole. Nous pisterons des compétences, des capacités. Que fait cette musique à l’instauration du témoignage ? Que fait la parole à cette musique ? Que sont ces entretiens en élicitations musicales où se croisent les attentions et les fragilités ? Plusieurs formats pourraient s’écrire à partir de ces entretiens musiqués, vers la performance, la mise en scène, l’écriture, la chorégraphie, la composition, l’installation vidéo ou/et sonore.

Peut-être est-ce le début d’une œuvre artistique qui participera humblement à une réflexion plus large sur la vocation et les usages de ce lieu, de ces lieux ? Que font les artistes, anthropologues et sociologues ici ? Qui se rend utile à quoi et à qui ? Que font les gens qui y passent, y travaillent, vivent à côté ? Si les résidentes et les résidents, François et moi voire quelques invitées, font la promesse de respecter les temps de chacune et de chacun en n’imposant aucun format aux diverses participations, les entretiens musiqués et filmés, s’ils parviennent à se mettre en place, laisseront des matériaux : images, sons, littératures orales, performances filmées, souvenirs… Ces matériaux seront ensuite partageables en d’autres temps et d’autres lieux, voire en ces lieux-même, pour prolonger le chemin à faire, vers d’éventuelles créations engendrées dans la diplomatie du temps long et du consentement mutuel, libre et éclairé. En ce sens, le temps de résidence au cours de ses diverses réalisations, suivra une éthique de la relation et veillera au respect strict de toutes les participations auto-déterminées, portant une attention soutenue aux droits des personnes ».


Christophe Rulhes, anthropologue, auteur et metteur en scène, musicien, co-fondateur de la compagnie de théâtre le GdRA.

Guerres, exils, précarité, ruptures familiales, maladies, drogues, accidents de parcours, violences administratives ou sociales : au Pôle de lutte contre les exclusions de la Croix-Rouge française à Nîmes, les grandes fractures du monde prennent des visages, des voix, des histoires singulières. Elles ne sont plus des événements lointains. Elles s’incarnent dans les récits de celles et ceux qui ont dû quitter une maison, un pays, un métier, une langue ou parfois une famille. Elles se lisent dans les corps fatigués, les attentes interminables, les gestes quotidiens pour recommencer. Ici, la question de l’habiter ne se résume pas à celle du logement. Elle touche à quelque chose de plus profond : comment retrouver une place dans le monde lorsque les repères se sont effondrés ? Comment reconstruire une continuité après les déplacements, les violences, les pertes ou les longues périodes d’incertitude ? Lorsque l’on a dû fuir, lorsque l’on vit dans l’attente d’une décision administrative, lorsque l’on ne sait pas encore où l’on dormira demain, que signifie encore le mot ‘‘ chez soi ‘‘ ? Et pourtant, au milieu de ces existences suspendues, quelque chose résiste. Une conversation autour d’un café, un repas partagé, une chanson dans une langue maternelle, un slam, un éclat de rire, une photographie, un récit confié à quelqu’un qui prend le temps d’écouter. Autant de gestes modestes qui ne font pas disparaître les épreuves mais qui rouvrent la possibilité d’habiter un lieu, une relation, un avenir. Le Pôle de lutte contre les exclusions est ainsi bien davantage qu’un espace d’accueil. Il devient un lieu où se fabriquent, souvent discrètement, de nouvelles formes d’appartenance. Un lieu où l’on réapprend à faire confiance, à raconter son histoire, à rencontrer celle des autres. Un lieu où la dignité ne se réduit pas à une réponse d’urgence mais se construit dans la reconnaissance mutuelle. Des sciences sociales aux arts, de l’anthropologie au théâtre documentaire, de nombreuses pratiques cherchent aujourd’hui à comprendre ces manières fragiles de refaire monde. Comment habiter lorsque l’exil, la précarité ou l’exclusion ont bouleversé jusqu’à l’idée même de refuge ? C’est peut-être ici que la réflexion peut se tenir : dans l’attention portée aux récits ordinaires, aux gestes minuscules de solidarité et à cette capacité profondément humaine de reconstruire, malgré tout, un lieu où vivre ensemble.